Mandala et créativité

Colorier un mandala, est-ce créatif ? Offrir à des enfants l’occasion de colorier des modèles tout fait leur donne-t-il la possibilité de développer leur créativité ?
Dans une classe, permettre aux enfants de choisir un dessin centré (mandala) et de le colorier à leur façon est déjà une rupture avec l’habitude de l’école. Il ne s’agit plus de faire tout la même chose (et généralement au même moment)qui sera jugé bien ou mal par l’enseignant, « noté ». Ici, libre sera le choix du dessin libre le choix des outils (crayons, aquarellables ou non, marqueurs, pastels…), le choix des couleurs, le choix de la manière de procéder. Eventuellement aussi la durée, si c’est possible dans la gestion de la classe. Le résultat n’est pas le plus important, mais ce qui est vécu par l’enfant pendant le coloriage et sur quoi il pourra mettre ses propres mots.
Pas de jugement de l’enseignant, pas de commentaires comparatifs entre les enfants, l’enfant se sent entièrement libre de faire comme il veut, même ne pas colorier et s’occuper à autre choses, et sera entièrement accueilli et accepté dans ce qu’il a fait.

A ce niveau, le plus créatif est l’ambiance de classe qui a changé, l’attitude de l’enseignant qui a colorié lui aussi un mandala avec les enfants, se mettant sur pied d’égalité avec eux. Voilà qui change tout ;: la relation maître – élève, le non-jugement et la non-cotation, le plaisir de tous réussir à faire quelque chose de beau et surtout le calme, la sérénité, la possibilité offerte à chacun de se recentrer, de contacter son être profond, le mandala jouant souvent le rôle de miroir du moi, reflet de qui je suis en cet instant précis, de s’accepter et de se sentir accepté par les autres dans son originalité, voir sa différence. Sa différence culturelle notamment.

Ceci dit, les enfants, spontanément, vont préférer créer quelque chose eux-mêmes. Très vite, s’ils sont accompagnés et guidés avec justesse (ni trop libres à eux-même ni trop encadré), ils vont avoir envie, simplement à partir d’un cercle avec un petit cercle au centre, d’imaginer des formes, pas nécessairement figuratives, plutôt pas d’ailleurs chez les plus petits et ceux qui je sont pas encore trop formatés par les adultes, la pub et leur univers prévu et préparé « enfantin » par des personnes pas nécessairement très inspirées ni très au fait de l’univers enfantin.

S’ils travaillent, créent de concert avec un adulte attentif, ils vont pouvoir mêler inspiration personnelle et imitation créative : « faire comme » devient très vite « faire à la manière de » et non copier.

Les voilà en train d’associer création de structure plus ou moins géométriques ou fantaisiste, toujours, c’est la seule règle, autour d’un centre. Ce centre qui n’a l’air de rien, joue un rôle organisateur, rassembleur, antidote au chaos, structurant, et, pour les plus dispersés, restructurant.
Création ou coloriage, le mandala, de par son centre, offre restructuration apaisante.

Tant pour l’adultes que pour l’enfant, d’ailleurs, quelque soit son âge.
Très vite, et parfois bien avant l’âge où cela devient une passion, 12 -13 ans, les enfants vont avoir envie d’utiliser le compas, dès 7 ans parfois. L’âge de raison est aussi l’âge du contrôle du geste et le rond spontané va devenir cerce bien centré. Le compas va vite donner lieu à la fleur à six pétales, puis à la fleur de vie., à moultes fantaisies, que l’enfant aura envie de colorier ou pas, laissant libre de couleur la forme inventée. Le nombre d’or pourra être introduit à ce moment. Chez les enfants avides d’apprendre du nouveau et les brancher sur la construction des cathédrales (Réf. ab. de Boscodon)

Dès l’école maternelle, les enfants vont aussi avoir envie de créer des dessins centrés. Il suffira de leur proposer un grand cercle avec un plus petit cercle au centre. S’ils sont très petits, dès 3 ans, avec de la couleur mise au doigt, ou plus tard avec une variété infinie d’outils – crayons de couleur, crayons aquarellables, marqueurs, pastels sec ou pastels gras, encres de couleur (écoline) craies de couleurs, éléments naturels, graines, fleurs et plantes, neige colorée et sables colorés… ils vont élaborer des constructions centrées, seuls ou à plusieurs.
Aller récolter des branches, cailloux, pommes de pin, graines, feuille et fleurs selon la saison et créer un ensemble, une structure d’éléments naturels, sera une activité de groupe d’autant plis intéressante qu’elle approche di fait de sa précarité (à) la fin, on va défaire le tout et reprendre tous les éléments à la nature, versé dans un ruisseau ou dispersé au vent, ou remis là d’où ils viennent) de la notion d’impermanence des mandala de sable tibétain, introduisant l’enfant dans l’idées que la création est une valeur en soi, un processus, indépendamment du résultat final, qui peut être oublié et non thésaurisé, stocké dans une farde ou montré un musée. Reste une expérience, une impression, une découverte sensorielle, rune leçon de vie…

Pour les enfants comme pour les adultes, il y a une large place à laisser entre le « simple coloriage » et la « création projective ».
Le simple coloriage n’est certes pas anodin. Il véhicule avec lui toute un éventail d’effets bénéfique, détente, centration, antidote au chaos, restructuration, méditation, connaissance de soi, estime de soi, reconnaissance des autres dans leur différence, découverte et estime interculturelle, sentiment d’unité, travail en coopération, intériorité et sens du sacré…

La création projective conduit à explorer les profondeur des mémoires anciennes ou archaïques, inconscientes et peut faire émerger ou ressurgir des souvenirs, émotions, affects oubliés ou enfouis profondément et n’est de ce fait pas exempte de risque pour la personne qui s’y adonne seule et sans accompagnement. Entre les deux, je vois toute une gamme de créations potentielles, comme la « rosace mexicaine », si appréciée par les enfants, et toute une série d’autres possibilités.

Michel Simonis