Vous avez dit « FOLIOT » ?

Pour nommer ce site, après « je-livre », j’étais parti sur l’idée de « folio » pensant à porte-folio, puis sur celle de « feuilles » (trente-six feuilles ou mille feuilles…), feuillage ou feuillaison…
Et voilà que je trouve « foliot ». C’est en fouillant autour de ce mot que je ne connaissais pas, que j’ai trouvé là une belle métaphore de mon travail de mise de partage de mes textes.

Voici des extraits d’un petit article de l’Université de Genève, (quel hasard !), dont a fait partie Etiennette Vellas, qui m’a tant stimulé et aidé à publier mes textes, et notamment ceux qui concernent l’évaluation, autour de ce petit livre du LIEN qui vient de paraître sur le « dé-chiffrage de l’humain », sous le titre « EVALUER SANS NOTER, Eduquer sans exclure ». J’y ai écrit le chapitre 9 : »L’éducation nouvelle fabrique-t-elle sa propre excellence scolaire ? » (p. 109 à 121).

La Suisse et les horloges, la gestion du temps, la régulation des forces… Et oui, il faut aussi réguler le chiffrage et le déchiffrage, « distiller la force produite par le poids« , dans un sens comme dans l’autre, comme le fait le foliot.

L’échappement (ou l’oscillateur ) à foliot

L’échappement est l’organe de l’horloge ayant subi le plus de perfectionnement entre les années 1300 à 1700: son rôle est de transmettre et régulariser le mouvement du poids ou du ressort. Inventé par « un obscur génie » entre 1300 et 1400, l’échappement à foliot et roue de rencontre permet de relâcher périodiquement la roue grâce à l’oscillateur à foliot (« fou »). La fonction de l’échappement est essentiellement celle d’un régulateur de force.

Qu’une si grande invention soit restée anonyme, voilà qui sort de l’ordinaire. Tout au plus peut-on dater sa première apparition en Angleterre au milieu du 13ème siècle.

Le foliot fonctionne plus comme un ralentisseur de la chute du poids que comme un régulateur. Si on le laisse faire, le poids va rejoindre le sol aussi vite que la force de gravitation le lui suggère. Notre aiguille tournera alors comme une folle avant de s’immobiliser tout aussi rapidement. Il s’agit donc de contraindre notre poids dans sa chute sans l’immobiliser pour autant. C’est donc dans le juste milieu que se trouve la solution. Ce fameux poids, il faut l’arrêter, puis le libérer, puis l’arrêter à nouveau, puis le libérer encore et ainsi de suite. Un coup oui, un coup non. Tic. Tac. Voilà exactement le rôle de l’échappement.

Prenons la première façon de faire, celle de l’horloge à foliot. La corde attachée au poids est tout d’abord enroulée sur un tambour solidaire d’un axe au bout duquel se trouve une roue savamment dentée et destinée à tourner. Dans les crans de cette dernière viennent s’enchâsser alternativement deux palettes montées sur la barre verticale d’un foliot, une pièce en forme de T dont la barre horizontale porte un poids à chacune de ses extrémités. La position de ces charges peut être modifiée afin de régler la durée des oscillations.
Puisque les palettes interviennent alternativement, le foliot avance une fois dans une direction, la fois suivante dans l’autre. Le seul but de cet empilement d’axes, de roues et de palettes consiste à distiller la force produite par le poids.

Dans le partage de textes, il y a à prendre la mesure de ce qui est dit et ce qui est tu. Ecrire, c’est avancer masqué, là où la transparence laisse transparaître sans trahir ni totalement tout dire.
Partage entre le privé et le public, cette question si cruciale au temps des réseaux sociaux et de l’espionnage de nos messages par les multinationales du data. Il y va aussi de cette fameuse question de l’éducation : la mesure entre la contrainte et la liberté, entre la Loi et le Lien, entre la structure sécurisante (la Protection) et les potentialités à explorer (la Permission), équilibre générateur du troisième pôle du triangle de l’autonomie d’Eric Berne et Claude Steiner, la Puissance. Triangle antidote du triangle dramatique du Persécuteur, du Sauveur et de la Victime. (Voir les articles sur l’Analyse transactionnelle)

Et là, on est aussi dans le paradoxe de l’éducation, tel qu’énoncé par Jean Jacques Rousseau : « Faites-en vos égaux, pour qu’ils le deviennent ». Ou celui de Bernard de France : « Je les fais taire pour qu’ils puissent se parler. » Autorité et liberté, oscillation entre les strates de la « spirale dynamique » de Carl W. Graves qu’on peut repérer dans nos institutions et nos écoles. (Bientôt des articles ici aussi sur la Spirale)

Foliot, fléau (drôle de mot, qui mériterait qu’on le piste !) comme partie principale de la balance…
On n’est plus dans la mesure du temps, mais dans celle des poids.
Mesures pour éviter la démesure.

Michel Simonis
2 juin 2015

PS. Cet article aurait pu être un édito, une présentation, si j’avais gardé « Foliot » comme titre de ce site, mais avec des amis, on a préféré l’appeler « millefeuilles ». C’est plus parlant, non ?

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